Il n'y a que le pouvoir, et ceux qui sont trop faibles pour l'obtenir. | Période jouée; post-septième année alternative.
 
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 « Pourquoi, pourquoi les innocents tombent de l'échafaud, sans messes ni tombeaux ? »

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Rodolphus Lestrange

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MessageSujet: « Pourquoi, pourquoi les innocents tombent de l'échafaud, sans messes ni tombeaux ? »   Lun 15 Aoû - 13:23

Illustre Manoir Lestrange. Mars 1976.
La nuit s'éteignait à l'horizon. La brume coulait lentement sur le vaste parc. Peu à peu, elle s'imprégnait des premiers rayons de l'aube et peignait le manoir d'allures fantomatiques. La mort y résidait, maîtresse en son sinistre empire. Elle dominait les cimes de sa stature terrible et avalait le moindre embrun de joie, l'étouffant au berceau. Le bonheur étranglé d'une triste famille agonisait ici-bas, sans qu'aucune n'y ait porté une attention ou à un regard. Grand bien pour ces ignares qui, méconnaissant le sort de vains puissants, dormaient encore, tranquilles, sans craindre la revanche.

« N'y touche pas, lança la voix glaciale de Rodolphus. » Bien que tremblant, l'elfe se figea sans jamais le dévisager. Sa maigre main restait tendue vers une silhouette enfoncée dans un ancien fauteuil, tendrement assoupie du souffle des défunts. La faiblarde créature le comprenait fort bien, mais les quelques résistances de son allégeance se battaient ici-même. « N'y touche pas ! gronda encore le sorcier. » L'elfe se résigna, reprit sa main et recula de quelques pas. Il vit son maître approcher lentement, de cette allure toujours si droite, si arrogante... et pourtant si tranquille désormais. Quelque chose avait changé chez le terrible enfant Lestrange, quelque chose qui dépassait son entendement mais transcendait sa vue. Rodolphus n'accorda aucune attention à ce regard prêt à le juger, comme tous les sorciers de son rang, ils méprisaient volontiers ses serviteurs de bonne fortune. « Fais venir mon frère, ordonna-t-il sèchement, et avertis-moi quand il rentrera. » L'elfe émit une plainte craintive. « Mais le sang, maître... » Impérieux, Rodolphus leva sa baguette. L'autre s'inclina aussitôt et disparut dans un craquement. Enfin seul, le sorcier poursuivit de se rapprocher du corps inanimé de l'homme qui, jadis, s'était prétendu son père, et s'agenouilla devant lui. Se penchant en avant, l'infant noya son visage dans la robe de son créateur. « Voilà qu'il était prêt à me défier pour quelques uns de tes souvenirs, souffla Rodolphus d'une voix brisée. Il devrait être heureux. Oui, reprit-il en dressant son visage défait, il devrait célébrer la mort de son tyran. » Les traits du jeune sorcier muèrent doucement en un ersatz d'une rage mal contenue. « Je la célèbre, moi ! Ta mort d'animal impropre à vivre plus longtemps ! la fin de ton oeuvre auprès de moi ! immonde chien, meurs ! Je ne regrette rien. Je m'en remercie, se calma-t-il. Tu ne composeras plus rien, plus aucune symphonie sur laquelle me faire danser à ta guise, pour tes rires et tes viles fiertés... Tu entends ? secoua-t-il le corps de son père, les mains de part et d'autre de son visage. Je suis libre. Je suis libre et je t'aime. » Accablé de sa propre hystérie, l'élève cracha au visage de son maître et se releva, plus digne que jamais. Aucun ne le rabaisserait plus pour le besoin de s'élever.

Parvenu au sommet de la plus haute tour de l'aile gauche, il caressa des yeux le cadavre sensible de sa mère. Cassandra. N'avait-ce pas été un nom des plus divins pour une femmes des plus macabres... Froide. Cruelle d'apathie. Distante. Farouche. Et pourtant si dévouée à la cause de tant d'hommes n'étant ni son époux ni ses filles. Puérile catin. Sans vertu. Une si belle femme. Un si grand danger. Un poison. Une mère dont Rodolphus aurait tant voulu être aimé. Mais son coeur de glace joignait enfin son corps, et l'absolution ne pourrait plus l'étreindre. Elle était là, morte, et pourtant fascinante, toujours aussi tranquille, toujours aussi auguste. Quelle maudite déraison habitait alors le premier de ses fils, de la couvrir des yeux avec tant de convoitise. S'il n'y avait ni amour ni désir, il s'agissait d'une marque implacable, imprimée sur sa peau, comme le sceau éternelle d'une pensée inachevée, inassouvie, d'avoir été niée, stigmatisée et oubliée. Nul n'avait à comprendre le feu qui dévorait le jeune sorcier à cette heure, nul n'avait jamais voulu le comprendre. Avec mille soins, il coucha sa génitrice sur le lit conjugal et la couvrit d'un voile noir. Avant qu'il ne dissimule tout à fait son visage, Rodolphus se pencha lentement et baisa les lèvres de celle qui jamais ne l'avait aimé, pas même par devoir. Voilà que la justice maternelle lui était rendue. Voilà quelle créature elle avait mise au monde sans se soucier que ce ne fût pas suffisant.

Le soleil était haut dans le ciel quand l'elfe vint le trouver. Il ne prononça aucun mot, et Rodolphus ne lui en offrit pas davantage. Il s'installa dans la salle à manger, la pièce la plus éloignée de toutes les scènes de mort présentes alentours. Il attendit Rabastan, il attendit les mots qu'il devrait dire. Il les connaissait tous. Il n'avait pas eu besoin de les préparer. Rien ne préparerait son frère à ce qui allait suivre. Voilà pourquoi lui, Rodolphus, avait commis si puissant holocauste. Il n'avait pas seulement puni ses bourreaux, il voulait encore sauver le peu de son sang.
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Rabastan Lestrange

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MessageSujet: Re: « Pourquoi, pourquoi les innocents tombent de l'échafaud, sans messes ni tombeaux ? »   Jeu 18 Aoû - 0:51

    La marque le démangeait. Elle était neuve, noire, précise comme si elle était prédécoupée, là, sur la peau de son avant-bras. Rabastan se retenait. Il ne devait pas y toucher. On ne savait jamais ce qui pourrait alors arriver... Ses songes mastiqués par l'insomnie l'entouraient de crânes et de serpents qui se mangeaient entre eux dans une danse froide et assassine, à laquelle il était impossible de trouver une fin. Peut-être que s'il y touchait, le Lord Noir glisserait parmi les limbes pour remonter à travers l'encre imprimée jusque dans ses veines. Il planterait ses ongles griffus dans les siens pour remonter le long de ses doigts et, finalement, investirait son esprit dont il prendrait totalement possession.
    Ce qui était en fait déjà insidieusement en train de se produire bien entendu, mais cette évidence n'apparaissait à Rabastan uniquement sous des formes oniriques incontrôlables qu'il était bien en mal d'interpréter.
    Yaxley le sortit de ses pensées en se détachant du comptoir sur lequel il était appuyé pour le rejoindre dans le coin le plus sombre de la pièce, un sachet à la main. Rabastan leva les yeux vers lui, regrettant vaguement de ne pas avoir passé sa soirée avec Svelius. Il n'avait pas spécialement envie de ça. Il n'avait pas envie de la condescendance de Yaxley. La seule qu'il tolérait ouvertement, c'était celle de Rodolphus.
    Yaxley commença à préparer sa mixture à base de cuillère, d'eau, d'une bougie et du sachet. Enfin, de ce qu'il y avait dedans. Rabastan posa son menton dans sa main en regardant ailleurs. Il était tard. Ou tôt, il ne savait pas exactement, et à vrai dire cela lui importait peu. Ce qu'il savait, c'était qu'il aurait sûrement du essayer de dormir au lieu de rester avec ce con de Yaxley et son sachet d'héroïne, parce que la marque qui ornait son bras – leurs bras – pouvait se mettre à brûler à tout moment, histoire de leur rappeler leur allégeance, et que cela augurait toujours de longues heures de tourmente. Le problème, c'est qu'il ne pouvait pas dormir.

    Un craquement sec leur fit tourner la tête vers le centre de la pièce, où un elfe de maison crasseux venait d'apparaître. Les rares autres clients du lieu levèrent également les yeux avant de retourner à leurs affaires avec un désintérêt notable. Même Yaxley l'aurait totalement ignoré après la seconde même de son apparition si Rabastan ne s'était pas redressé sur son siège, reconnaissant immédiatement la créature qui appartenait à sa famille.

    « Qu'est-ce que tu veux ? » marmonna-t-il, imaginant déjà une requête de son géniteur qui l'obligerait à se bouger alors qu'il n'en avait pas envie. Au lieu de cela, l'elfe arbora une tête vraiment étrange. Quelque chose situé entre la peur et l'abattement, s'il avait fallut le qualifier. Pourtant, Rabastan n'avait pas spécialement pour habitude de le martyriser contrairement aux autres, aussi haussa-t-il un sourcil légèrement intrigué pendant que Yaxley marmonnait quelque chose contre les sous-races.

    « Maître, Monsieur votre frère vous réclame. »

    Rabastan avala sa salive, puis se leva. S'il était maintenant assez mûr, disons, pour remettre en cause les invectives de son père, il en allait différemment concernant Rodolphus. Et puis, quelque soit la raison pour laquelle il voulait le voir, cela le soulageait de laisser là Yaxley et ses shots de qualité douteuse.

    Rabastan et l'elfe réapparurent dans le hall du manoir familial, encore plongé dans la pénombre de l'heure matinale. On n'entendait rien mis à part le tic tac de l'horloge, et sans que Rabastan n'ait eu à le demander, l'elfe lui indiqua la porte de la salle à manger principale. Sortant ses mains de ses poches, l'homme y entra pour découvrir Rodolphus assis à l'attendre. Son frère avait toujours été un peu théâtral, mais il ne l'avait jamais demandé de venir le voir à une heure pareille. En fait, il ne lui avait jamais demandé de venir le voir tout court.

    Rabastan longea la grande table pour venir se planter devant lui, remettant alors ses mains dans ses poches.
    « Quoi ? »

    Lui non plus, il n'avait pas l'air d'avoir dormi.

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Rodolphus Lestrange

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MessageSujet: Re: « Pourquoi, pourquoi les innocents tombent de l'échafaud, sans messes ni tombeaux ? »   Sam 20 Aoû - 10:18

A cette époque, Rodolphus nourrissait une indécente fierté qui mit de longues années à mourir. Emprunt des lectures paternelles, il rejetait l'humilité comme une humiliation. Ce ne fût qu'en tuant le créateur que la créature se défit de sa première vertu native ; il allait s'agir d'un étrange chemin de croix qui lui parut plus pénible que le parricide même.

L'aîné vit entrer son cadet, et le dédaigna d'un vague haussement de sourcil. Rodolphus avait alors beaucoup de mépris pour son jeune frère qui, selon lui, ne demeurait qu'une ombre malencontreuse dans un gigantesque tableau de maître. En vérité, jaloux d'une indifférence paternelle, il s'était peu à peu éloigné de son plus précieux allié pour s'en faire un ennemi, exactement comme l'avait voulu son père. Cette conséquence mit un moment à lui apparaître au grand jour et, ce jour-là, elle n'apparut pas. En outre, tel n'était pas son seul grief. Le comportement de leur mère n'était pas aussi égal qu'elle voulait le faire croire. Rodolphus songeait souvent qu'elle les avait haïs tous deux avec la même force mais que, dans le cas de Rabastan, elle s'était bien gardée de le lui démontrer avec autant de force. A son goût, il apparaissait bien que Cassandra Lestrange s'était montrée dure et pourtant trop placide. Impossible de la blâmer. Elle s'était écartée de l'éducation de l'aîné sous le prétexte d'une main-mise paternelle. Rodolphus la haïssait aussi pour cela. Car, en dépits d'une juste motivation familiale, elle n'avait pas commis le même traitement vis-à-vis du cadet. Encore une fois, il n'avait probablement jamais agi d'amour, d'affection ou d'instinct maternel mais... l'aîné l'avait vécu comme un privilège outrancier pour un être misérable. Et ce florilège de motifs n'était qu'un soupçon de l'amertume que Rodolphus pouvait bien ressentir pour son frère... A vrai dire, de frère, il n'en avait probablement que le titre et le sang.

« Tiens-toi bien, que diable, hacha froidement l'aîné. » Cette allure. Cette posture. Et cette négligence. C'était encore une chose qu'il ne savait tolérer chez son cadet. D'où pouvait bien transpirer l'illustre nom des Lestrange chez cet homme, il l'ignorait. « Crois-tu que notre père t'ait si bien protégé pour que tu ne t'attaches seulement qu'à salir son piètre honneur ? » De mémoire d'hommes ou de sorciers, Rodolphus n'avait jamais si explicitement parlé de son dégoût pour le Créateur, que ce fût sous ce toit ou n'importe où, d'ailleurs. Pour être tout à fait exact, il ne s'en était jamais senti ou le courage ou l'opportunité. Mais, aujourd'hui, tout était différent, très différent, et, cela, Rabastan ne tarderait pas à le remarquer, qu'importe la faible intelligence que son frère lui prêtait. Finalement, il se releva et scruta son cadet un moment. Lui aussi marqua un intérêt grandissant pour cette table les séparant d'un gouffre. Il ne se trouvait aucune envie de le rejoindre plus avant. Qu'ils furent tous deux dans la même pièce était déjà, trouvait-il, une sorte d'exploit en soi. Oh, bien sûr, ils se supportaient le mieux du monde depuis qu'ils avaient tous deux rejoint les rangs du Seigneur des Ténèbres mais, ce jour-là, Rodolphus rejoignait son âme adolescente, vindicative et laminée. Ce jour-là, il ne s'agissait plus du mangemort au sommet de son art mais du frère scarifié. « Tu vas me haïr, affirma-t-il s'en s'émouvoir, et tu ne comprendras jamais. Je ne prétends pas agir pour un autre que moi. Ce que je fais, je le fais comme un égoïste. Applique-toi à me haïr, ô mon frère, mais n'oublie jamais que je n'ai rien pris dont nous puissions nous dispenser. » Il marqua un long silence en rejoignant la porte de la salle à manger. « Tu n'as pas dormi, cette nuit, et moi non plus. Alors ne faisons pas durer de vaines cérémonies. Suis-moi. » Rodolphus n'en ajouta pas davantage. Pour l'heure, il ne s'agissait pas de parler, il s'agissait de montrer. Ensuite, ils auraient tant de choses à se dire qu'une vie n'y suffirait jamais.
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Rabastan Lestrange

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MessageSujet: Re: « Pourquoi, pourquoi les innocents tombent de l'échafaud, sans messes ni tombeaux ? »   Sam 20 Aoû - 16:00

Des réflexions et de la jalousie de Rodolphus, Rabastan ne savait évidemment rien. Lui avait toujours pensé que leur père, plus sévère avec le premier de ses descendants, lui donnait par-là même sa préférence ; et Rabastan était étrangement loin de blâmer le concerné pour cela, estimant malgré tout que, si lui-même avait été l'aîné, il n'aurait sans doute pas hésité à déléguer toutes ses responsabilités à son frère tant celles-ci lui semblaient hors de sa portée. Rabastan n'était pas fait pour commander, et il se complaisait bien dans l'ombre qui était la sienne. Si leurs parents s'étaient toujours montrés moins virulents sinon qu'exigeants envers lui, il mettait ça simplement sur le compte de sa propre incompétence et du désintérêt qu'il devait leur susciter, tout comme il se désintéressait lui-même.
Quand Rodolphus lui ordonna de se tenir plus droit, le plus jeune des Lestrange se contenta de renifler en regardant ailleurs. Il était peut-être Rodolphus, mais il n'était pas son père pour autant.

« Crois-tu que notre père t'ait si bien protégé pour que tu ne t'attaches seulement qu'à salir son piètre honneur ? »

Là, Rabastan tourna la tête vers lui en fronçant les sourcils d'incompréhension. Si bien protégé... peut-être, mais alors moins bien que lui. Il pouvait parler, Rodolphus, le premier fils, le porteur de la gloire familiale. La blague. Quant au fait de salir l'honneur, il ne voyait pas en quoi traîner les pieds pouvait ternir quoi que ce soit. Il devait être cinq heures du matin, et ce con l'avait convoqué pour lui faire des reproches ? Et puis, parler ainsi de leur géniteur, cela ne lui ressemblait pas. Et surtout pas ici. Rabastan jeta un coup d’œil en arrière, sans doute de peur que l'homme au dit piètre honneur n'ait l'idée de s'aventurer dans la pièce. Bien évidemment, il n'en était rien.

« T'es dingue. » ricana Rabastan, volontairement vulgaire tout en sachant que cela faisait toujours enrager son unique frère. Il s'attendait sans doute à une nouvelle réflexion qu'il aurait trouvée justifiée, mais Rodolphus proclama alors un discours vraiment singulier.

Le haïr ?

Rabastan serra les lèvres, sans comprendre vraiment. Rodolphus lui avouait clairement avoir fait quelque chose de grave, mais il était loin de pouvoir imaginer de quoi il était question en vérité. Pourquoi cela avait-t-il l'air si dramatique ? La pire chose qui puisse arriver, n'était-ce pas de faillir à une mission de leur Maître et de recevoir la punition qui leur serait due ? Dans ce cas, Rabastan n'avait rien à voir avec Rodolphus. Bien qu'ils soient tous les deux mangemorts, le cadet avait vite compris que le terrain de bataille imaginaire qui s'étalait entre les pions du Seigneur des Ténèbres était divisé en cases uniques et minuscules. Il n'était pas question de partager ou de prétendre à l'affection, voir même le respect d'un autre. Ils étaient des frères, mais pas aux yeux de la magie noire qu'ils maniaient pour servir cette cause.

Rodolphus se leva alors en lui demandant de le suivre, et Rabastan le suivit du regard pendant de longues secondes avant de se décider à bouger à son tour.

« Arrête d'être aussi solennel. » grogna-t-il en arrivant à sa hauteur. Rien ne l'exigeait vraiment à ses yeux, mis à part peut-être le désir insatiable de son frère de paraître plus important qu'il ne l'était réellement.

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Rodolphus Lestrange

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MessageSujet: Re: « Pourquoi, pourquoi les innocents tombent de l'échafaud, sans messes ni tombeaux ? »   Ven 17 Aoû - 18:01

Lorsque Rodolphus discernait ce frère, dans les tumultes de ses guerres intérieures, il n'y voyait que du trivial, du vulgaire, rien qui lui rappela son sang ou son ardeur. Jadis, ils avaient été des égaux, impétueux et brillantes quand, désormais, il n'y existait qu'un fossé pareil à mille existences différentes et variées, qui les avaient rendu dissemblables en tout point, jusqu'à l'inimitié. Jusqu'au mépris fratricide. Jusqu'à ce qu'un rien devînt un tout, et que tout fût toujours significatif, puis cruel. « Arrête d'être aussi solennel, grogna bientôt Rabastan. » Comme s'il avait agi là d'un crime. Comme s'il existait une solennilité capable d'être condamnable, impardonnable et même sordide. Comme si habiller l'éternelle réalité d'un faible voile avait pu viser d'autres gloires que celle d'aider à supporter l'existence. Et Rodolphus se vit lui répondre avec le même fracas, discernable à cette horreur de commettre de tels mots : « J'ai assassiné notre père. Sans la moindre pitié. Je l'ai vaincu. Je l'ai même achevé. Il était incapable de lutter, je le savais, mais je l'ai tout de même tué. Et – le sais-tu ? - j'y ai pris un plaisir incroyable. Tu n'imagines pas cette saveur. Puis, quand j'en ai eu terminer avec lui, je suis monté. Tout en haut de la tour. Et, elle aussi, je l'ai tuée. Avant qu'elle n'ait vraiment eu le temps de me voir. Assez pour qu'elle sache que son fils, sa chair, venait lui prendre la vie. Et trop peu pour qu'elle ait encore l'audace de me haïr. Car c'était moi, et non elle, qui étais venu la haïr. Et elle est morte. J'ai tué nos parents. Je t'ai pris tes parents et, crois-le, rien ne pourra plus jamais me procurer la satisfaction, l'extase, même, que je ressens actuellement, là, devant toi. » Et cependant que l'esprit de l'aîné s'agitait, aucun mot ne franchissait jamais la barrière de ses lèvres. Il lui était parfaitement impossible de conter telle histoire, pareille légende, à ce frère, si maigre de substance, si distant de ce rêve. Rodolphus savait qu'il le pouvait comprendre. Aussi, et s'agissant d'être moins solennel, il persifla de sa voix sombre : « Et, toi, sois-le davantage. »

Enfin, il précéda le cadet à l'extérieur de la grande salle à manger, et entama de s'enfoncer dans le dédale de couloirs aussi ténébreux qu'ils s'avéraient tortueux. Rodolphus détestait cette demeure, aux allures malveillantes et cependant si familières. Elle lui rappelait d'augustes années qu'il tâchait d'enfouir dans sa mémoire et que, à présent, il avait achevées d'éteindre, comme il avait étendu, pareils à des statues, les deux géniteurs dans un précieux linceuil. Lorsqu'ils parvinrent aux portes du petit salon, Rodolphus sentit comme de fameux relents tentaient de l'envahir. Aucun mur n'avait encore l'indécence de s'imprégner de mort et, pourtant, lui la sentait partout. Chaque centimètre humait le chaos, le désordre et le sang. Il y en avait partout. Là, sur les tentures, là-bas, sur le rebord des cadres. Jusqu'à ce fin filet d'air qui s'échappait, sous la porte. Il n'y avait rien, aux alentours, pour exprimer autre chose qu'une sorte de désolation satisfaite, horrible, et imbue de son crime. Quelle odeur effroyable que celle de tant de morts pour si peu de pitié...
Il n'y eut aucun cérémonial. Rodolphus ouvrit la porte, poussa Rabastan à l'intérieur, puis referma derrière eux. Il s'installa dans un fauteuil, accolé contre le mur. Il détailla d'abord le cadet, qui parut longuement chercher l'objet de cette intromission. Puis il envisagea la silhouette, enfoncée à l'autre bout de la pièce, avec cet air de quitter le monde sans toutefois le souhaiter. Par la fenêtre aux épais rideaux, se dégageait un léger rayon de soleil, qui vint baigner l'atmosphère d'un rien de céleste qui déplut profondément à ce qui s'apparentait désormais au plus légitime de tous les héritiers de la si grande famille Lestrange. Et pendant qu'il s'éprenait d'une haine farouche pour le portrait dressé, il désigna ce recoin sombre, qui arbitait désormais l'une des images les plus pénétrantes de sa vie. A vrai dire, Rodolphus ne se serait jamais lassé d'un tel spectacle. Si faible. Si mort. Silas Lestrange reposait là, avec un tel dégagement. Comme il l'avait toujours fait. Même la mort ne lui empruntait pas cet aspect naturellement digne, hors du monde. Rodolphus l'aurait probablement saigné à vif s'il n'avait pas éprouvé cet amour à l'égard de son œuvre. Le père était mort. Le fils vivait. Et le frère n'avait plus qu'à épouser cette réalité amère, car telle était la réalité à présent. Cruelle. Brutale. Et Juste. Rodolphus n'aurait pas retouché une seule ligne de ce parfait tableau. Car tel était le souhait du vengeur. Du meurtrier. Du fils incapable d'éprouver, ou de consentir au pardon.
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Rabastan Lestrange

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MessageSujet: Re: « Pourquoi, pourquoi les innocents tombent de l'échafaud, sans messes ni tombeaux ? »   Dim 19 Aoû - 14:26

Rodolphus avait évidemment toujours eu ce côté arrogant et imbu de sa personne ; mais cela n'était pas une fierté qu'il étalait en parlant de lui-même avec trop de superlatifs, comme par exemple cet abruti de Lucius. Non, Rodolphus, lui, considérait qu'il n'avait même rien à prouver à personne tant il était exceptionnel. Du coup, il faisait montre d'un mépris auquel Rabastan n'était jamais parvenu à trouver d'équivalent chez qui que ce soit. Ses gestes maîtrisés, ses phrases pompeuses, ses regards - si toutefois il daignait vous en accorder un -, et même son prénom aux tonalités très aristocrates, tout suintait la prétention et la certitude d'être le seul être au monde à valoir réellement quelque chose. Rabastan n'aurait jamais osé évoquer le sujet avec lui, mais il soupçonnait son frère de ne pas croire au Seigneur des Ténèbres de la même manière que tous les autres porteurs de la marque croyaient en lui. Et si le cadet lui reprochait d'être trop solennel, c'est qu'il n'avait jamais eu besoin de cela pour porter Rodolphus sur un piédestal. Il n'avait pas besoin d'agir comme ça envers lui. Enfin, c'est ce que Rabastan espérait sans doute, quelque part, mais qui, il le savait, ne se produirait jamais.

Quand Rodolphus ouvrit la bouche, Rabastan relevait les yeux vers lui, encore inconscient de la gravité du moment, encore à même, pour quelques instants, de pouvoir penser à son frère sans éprouver la moindre crainte.

"Et toi, sois-le davantage."

Le cadet haussa les épaules. Pas tant pour montrer quelque forme de rebellion que pour signifier qu'il n'était pas du tout l'heure pour ça. Il faillit répliquer que puisque leurs parents n'étaient pas dans la pièce, Rodolphus aurait put se détendre un peu. Mais ça aurait été parler dans le vide.
De toute façon il ne lui en laissa l'occasion ; sans rien ajouter de plus, Rodolphus pivota pour quitter la pièce. Rabastan ouvrit la bouche et un murmure incompréhensible s'en échappa alors qu'il tentait simplement de lui dire de l'attendre. Les dents serrées, il suivit Rodolphus dans le couloir, pressant le pas pour le rattraper et fixer son profil avec agacement.

"Alors, quoi ? Pourquoi tu m'a demandé de venir ?"

Bien sûr, quand Rodolphus avait décidé de quelque chose - et il le faisait toujours sans consulter personne -, ça ne servait à rien de tergiverser ; s'il voulait l'emmener quelque part ou lui montrer quelque chose directement, il n'allait pas perdre son temps en grillant le suspense. Rabastan détourna le regard vers le mur qu'ils longeaient, les tableaux d'un autre âge qui y défilaient comme pour leur rappeler de ne jamais oublier le passé. Plus jeune, les toiles le terrorisaient. Les personnages qui y étaient représentés - pour la plupart de lointains ancêtres - ne cessaient alors de pousser des chuintements inquiétants et de ricaner comme des hyènes quand il traversait la demeure seul, les mains plaquées sur les oreilles et les yeux levés vers le plafond pour ne pas les voir ni les entendre.

Ils entrèrent dans le salon. Enfin, plus exactement, Rodolphus poussa son frère dans le salon avant de s'y engager. Rabastan se retourna, prêt à s'indigner d'une manière ou d'une autre, mais l'aîné semblait trop occupé à aller s'assoir tranquillement dans un coin pour lui en laisser l'occasion. Quand il daigna enfin s'intéresser à nouveau à lui, ce fut pour croiser son regard et désigner l'autre côté de la salle.
Quelque part, Rabastan savait. Parce que Rodolphus était trop narcissique, trop éternellement solitaire et avide, et aussi parce qu'au-delà de tout ça, un schéma familial comme le leur n'aurait pas pu perdurer éternellement sans connaître son lot de tragédies. Alors, quand le cadet aperçu enfin le corps de Silas Lestrange, la vérité ne s'imposa pas réellement comme quelque chose d'inattendu.

L'ennui, c'était que Rabastan était complètement dénué d'intuition.

Les poumons écrasés, il fit quelques vers le cadavre, réalisant doucement ce qui était en train de se passer. Ou plutôt, ce qui s'était déjà passé. Silas, leur père, son père, son géniteur - quoi qu'en dise Rodolphus, Rabastan n'avait jamais cru le contraire -, son père n'était plus qu'un cadavre aux pupilles vides. Ses traits s'étaient figés dans une expression que Rabastan ne lui reconnaissait pas vraiment, et qui fit naître un frisson glacial dans son dos.

"Que..."

C'était complètement surréaliste. Pourquoi est-ce qu'il serait mort ? Quand ? Et comment ? C'était Rodolphus qui l'avait trouvé ? Est-ce qu'il savait ? Est-ce qu'il avait vu quelque chose ? Il était vraiment mort ? Où était leur mère ? Qu'est-ce qu'il s'était passé ?

"Rod ?"

Il n'avait pas du l'appeler comme ça depuis qu'ils étaient entrés à Poudlard.

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